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Index des articles > Dessin et technique artistique > Projet BD : constituer et présenter un dossier

Projet BD : constituer et présenter un dossier
Article posté par Bocho

Ce (gros) post-it est conçu pour aider les scénaristes et les dessinateurs à constituer leur premier dossier de présentation. Il n’a rien de « définitif » et essaie de lister les principales erreurs à éviter pour mettre toutes les chances de son côté : quelques conseils élémentaires, qui pourront sembler évidents à beaucoup, mais qui aideront peut-être les plus jeunes ou les moins expérimentés à se faire une meilleur idée de ce qu’est réellement le métier de scénariste de bande dessinée. Lorsqu’on sait qu’en 2005, ce sont plus de 3000 nouveautés qui ont été éditées en France (soit entre 1000 et 1500 nouveautés « franco-belges » si l’on exclue l’énorme production manga et les traductions de comics), on peut imaginer que le nombre de projets reçus par les éditeurs doit frôler les 10.000 au bas mot. En discutant avec les éditeurs, on estime en moyenne que pour 50 projets reçus, environ 10 ou 15 se détachent suffisamment du lot pour être lus, relus et étudiés en profondeur, avant que 5 seulement soient jugés suffisamment intéressants, originaux et fiables pour aboutir à un contrat. 5 sur 50, c’est-à-dire 1 projet sur 10 : un ratio déjà faible, mais susceptible d’être encore revu à la baisse en raison d’une saturation du marché et d’évolutions éditoriales. Alors bien sûr, ces chiffres ne sont que des estimations et varient très nettement d’un éditeur à l’autre, mais un seul projet retenu sur une dizaine de dossiers, ça a de quoi faire réfléchir.

Comment préparer un dossier / projet ?

Le dossier de présentation est l’aboutissement d’un travail d’écriture, de recherches et de mise en forme d’une idée de base, mais c’est aussi le point de départ d’une phase de négociation, de discussion et pour les plus heureux, de signature. Et cette fameuse « signature » est elle-même le point de départ de la phase la plus importante : la réalisation du projet. Signer n’est pas un aboutissement ni une fin en soi : ce n’est qu’un premier pas, et c’est surtout un engagement. Même si la signature constitue une forme de réussite et de reconnaissance, ce n’est que le début de la phase la plus dure, la plus longue et la plus astreignante : le travail. Faire de la bande dessinée, c’est s’engager à respecter les engagements pris à la signature de ce fameux contrat : honorer des délais de rendu, livrer des planches chaque mois et assurer un niveau de qualité indispensable, tant au niveau graphique qu’au niveau de l’écrit, du découpage, des dialogues et de l’évolution de l’histoire. Alors avant toute chose, préparer un dossier, c’est prendre conscience que s’il est accepté, il vous engage à continuer et à travailler encore plus dur. Toujours partants ?

Phase 1 : le projet

Vous avez une histoire, des personnages, un univers, une trame plus ou moins aboutie, et vous pensez que l’ensemble forme un tout susceptible de faire une bonne bande dessinée ? Vous vous êtes demandé en quoi votre projet était original, intéressant, « solide », et vous pensez avoir suffisamment de matière pour une bonne histoire, centrée sur des personnages forts, dans un contexte ou un univers tangibles ? Vous êtes capables de résumer l’intrigue et de décrire les personnages en quelques phrases sans vous perdre dans des explications à tiroir ? Reste à trouver un dessinateur avec lequel développer, lancer et présenter ce projet. C’est la première épreuve du feu. Réussir à intéresser et à motiver un dessinateur est un premier gage du potentiel du projet (ou de votre propre potentiel en tant que scénariste). Si vous n’arrivez pas à convaincre un dessinateur de vous suivre dans cette aventure, c’est sans doute que le projet est mal ficelé, décousu, trop ambitieux (ou trop peu), voire tout simplement inintéressant. Bien sûr, la grande difficulté pour beaucoup de scénaristes débutants est souvent de « trouver » un dessinateur, quelqu’un dont le style, l’expérience, les goûts, les envies et la disponibilité coïncident avec la recherche du scénariste. Mais au final, si votre histoire est bonne, si votre approche est intéressante et si vous êtes suffisamment à l’aise dans votre travail pour être ou devenir scénariste, vous trouverez quelqu’un avec qui tenter l’aventure. Par contre, ne vous fermez pas de portes en vous braquant sur un style, une technique ou une certaine vision de « votre » projet, car il est nécessairement appelé à devenir un projet « commun », partagé d’une façon ou d’une autre par le dessinateur. La première personne à qui vous devez envie de lire votre projet, c’est celle qui va le dessiner. Si vous êtes convaincus que votre histoire n’appelle qu’un dessin « réaliste » ou « au trait » par exemple, vous risquez de vous fermer à une rencontre qui aurait pu donner d’excellents résultats. Vous êtes persuadé de tenir une bonne histoire pour un manga, mais aucun des dessinateurs que vous rencontrez – dessinateurs pourtant intéressés et intéressants – ne semble vous « convenir » ou avoir envie de vous suivre sur cette voie ? Pourquoi ne pas prendre du recul, sortir l’histoire du contexte graphique que vous lui aviez envisagée et partir sur autre chose ? Prenez le scénario de Blacksad par exemple. Oubliez le graphisme de la série telle qu’elle est publiée et résumez l’intrigue en quelques mots : c’est l’histoire d’un détective privé. Si le scénariste s’était fermé à l'idée du zoomorphisme ou à l’expérience « Disney » du dessinateur, Blacksad ne serait pas Blacksad.

Rechercher un dessinateur pour un projet
Vous avez une histoire et vous cherchez un dessinateur. La première personne à qui vous devez envie de lire votre projet, c’est celle qui va le dessiner. Soyez clair, concis et efficace. Donnez toutes les informations indispensables et oubliez les détails et longueurs inutiles. Avant de se plonger dans la lecture de l’intrigue page par page, pensez à situer le contexte, à esquisser les personnages majeurs et à résumer le scénario global. Quelques lignes peuvent suffire pour donner envie, mais quelques pages peuvent suffire pour décourager. Ce que la plupart des dessinateurs ont besoin de savoir, c’est : à quelle époque se situe l’aventure, quels personnages ils vont devoir camper, « tenir » et animer tout au long de la série, à quelles difficultés majeures ils vont se confronter durant la réalisation (architecture, technologie, design de créatures, scènes d’action, type de découpage ou de narration, etc.) et quels thèmes vous avez envie de développer en filigrane. Bien sûr, toutes les idées, tous les détails auront leur importance, surtout les plus infimes, mais au moment de la rencontre, une page suffit pour présenter même la plus longue des sagas. Si le dessinateur a envie d’en lire plus, il vous le demandera. Par contre, de la même façon que vous évaluez la qualité d’un dessinateur en regardant son book ou son blog, il évaluera la votre en lisant votre texte. Style, orthographe, concision, organisation et clarté des idées : votre travail, ce n’est pas seulement « avoir de bonnes idées », c’est aussi l’écriture, la structure, et c’est aussi là-dessus que vous serez jugés par le dessinateur comme vous le serez par l’éditeur. Un « bon » scénariste, c’est comme un « bon » romancier : pas seulement quelqu’un qui a de bonnes idées ou des choses fortes à dire, mais quelqu’un qui réussit à le faire, à l’exprimer et à transformer cette matière première en livre. Un livre publié vaut toujours mieux qu’un livre jamais fini.

Préparer un projet avec un dessinateur
Vous avez établi un contact ou vous connaissez un dessinateur avec lequel vous avez envie de travailler. Que ce soit suite à une rencontre ou une réponse à une annonce concernant un projet, vous êtes désormais deux et partagez l’envie de travailler ensemble, sur une idée précise ou juste sur un vague thème. Il y a globalement deux façons de travailler : considérer que le travail du scénario et celui du dessin sont deux activités distinctes, hermétiques, chacun restant seul « maître à bord » dans son propre domaine, ou estimer que le travail de la bande dessinée est le fruit d’un échange permanent qui permet à chacun de rebondir sur les idées et le travail de l’autre. Aucune n’est véritablement meilleure que l’autre, et il n’y a rien de honteux à juste « dessiner l’histoire de quelqu’un », comme le prouvent la structure de travail du manga, du comics et, plus proche de nous, de très nombreuses réalisation franco-belges. Mais dans les deux cas, n’oubliez pas que même si vous êtes scénariste (confirmé ou non), le dessinateur (confirmé ou non) a de grandes chances de lire de la BD, d’aller au cinéma et, plus généralement, d’avoir des idées lui aussi. Avoir la chance d’écrire une histoire « avec » ou « pour » un dessinateur dont on sent l’univers, les envies, les influences, est une expérience bien plus enrichissante que la simple rencontre d’un talent susceptible de convenir à votre futur chef d’œuvre. Dans les deux cas, ne vous fermez pas aux propositions de l’autre. Beaucoup d’idées, de personnages, de décors et même de scènes pourront venir pendant la phase de recherche graphique, et il serait dommage de les éliminer sous prétexte que ces éléments ne sont pas prévus dans le scénario. Un personnage vous plaît ? Intégrez-le dans votre histoire. Le dessinateur sent mieux le héros principal avec les cheveux courts ? Demandez-vous si c’est vraiment indispensable qu’il les ait longs comme vous l’avez prévu. De la souplesse, de l’ouverture d’esprit, et votre projet n’en sera que plus riche et plus homogène. De plus, toutes ces recherches (retenues ou écartées) pourront accompagner la présentation du projet final au moment du dossier.

Le travail du scénariste
Ce que doit faire un scénariste en amont d’une présentation de projet est juste un condensé de ce qu’il sera amené à faire une fois le projet accepté et signé : développer son histoire, écrire les textes et les dialogues, et proposer / imposer un découpage pour transformer son histoire en cases et en planches. Si l’un de ces trois aspects pose problème pendant la phase de collaboration avec le dessinateur, il posera certainement problème une fois le projet signé. Même si le rôle des éditeurs est également de donner des conseils et d’apporter des solutions, le développement, le découpage et les dialogues sont à la charge du scénariste, exactement comme le travail des cadrages, la composition des cases / planches et bien sûr, le dessin et l’encrage, sont à la charge du dessinateur. Une trame floue, des scènes qui s’enchaînent mal, des rebondissements qui tombent à plat ou des motivations confuses ? Problèmes de développement. Des scènes trop longues / trop courtes, des planches ou des cases saturées de dialogues, des successions de gros plans sans plan d’ensemble permettant de situer, un rythme de lecture trop lent pour des séquences d’action ou trop rapide pour des séquences d’ambiance ? Problèmes de découpage. Des personnages qui s’expriment tous avec le même vocabulaire, trop de dialogues apportant exclusivement de l’ambiance ou des informations liées au scénario, des insultes gratuites ou des effets de style qui ne collent pas avec le caractère des personnages ? Problèmes de dialogues. Lisez, faites lire, relisez, et demandez-vous si vos lecteurs comprennent ce qui se passe aussi clairement que vous l’avez imaginé, vous qui connaissez intimement l’histoire et ses secrets. Même si la bande dessinée reste l’art de l’ellipse et de la suggestion, si une information vitale ne figure pas dans les dialogues ou les pages du projet, ne comptez pas sur les lecteurs pour la deviner.

Phase 2 : le dossier

Présenter un projet à un éditeur impose les mêmes contraintes que proposer une collaboration à un dessinateur – donner envie, inspirer la confiance et démontrer le réel potentiel du projet – mais sur des aspects légèrment différents. L’éditeur qui va recevoir et lire votre projet doit en sentir le potentiel non seulement artistique, mais également économique. Beaucoup d’éditeurs ont bien sûr (et heureusement) des coups de cœur pour des projets qui ne « vendront pas », mais dont les qualités méritent une prise de risque et justifient une place dans un catalogue déjà bien étoffé. Il en va de même pour la confiance. La signature d’un premier projet est une prise de risque en soi, car l’éditeur ne sait rien de la capacité de travail, de la moralité, de la constance et du degré de relation qu’ont les auteurs qui se présentent à lui. Et ce, quelles que soient les qualités intrinsèques du projet. Au risque d’enfoncer les portes ouvertes, les éditeurs ne sont ni des Père Noël bienveillants qui récompensent les jeunes auteurs méritants en leur offrant un déjeuner et un contrat, ni des bourreaux en costume qui brisent les rêves et les espoirs des mêmes jeunes auteurs méritants en refusant leurs projets à coups de réponses types. Les éditeurs font leur travail : ils reçoivent des projets, les étudient, sélectionnent ceux qui les intéressent au vu de leurs propres critères artistiques, éditoriaux, économiques et contextuels, et proposent à des auteurs de travailler avec eux, « chez eux », pour développer et transformer ensemble des « projets » en « produits » vendus dans le commerce. Un dossier, c’est ni plus ni moins qu’une candidature spontanée auprès d’un employeur, à ceci près que l’éditeur ne vous « emploie » pas : il accepte d’établir avec vous une collaboration autour d’un projet que vous lui proposez. Vous n’êtes ni en position de force, ni en position de faiblesse : vous proposez, l’éditeur réfléchit, puis il propose à son tour et c’est à vous de réfléchir.

Préparer un dossier
Chaque auteur a sa manière de faire, son « dossier type » et sa cuisine interne, mais tous les éditeurs voudront (et auront besoin) de voir la même chose avant de donner suite : un pitch de quelques lignes présentant le projet dans son ensemble, un synopsis décrivant l’intrigue générale et si possible pour une série, le contenu du premier tome en particulier, ainsi qu’un focus sur les personnages, les enjeux, les intentions et les particularités du projet. Le tout peut tenir en une page et être complété (dans le même document ou dans un autre plus complet) par un développement de l’histoire, des événements passés et/ou de l’univers, avec ou sans dialogues, à la façon d’un véritable synopsis. Dans tous les cas, il faut bien se dire que si les premières lignes ne donnent pas envie de lire la suite, un dossier de dix pages n’a pratiquement aucune chance d’être lu en profondeur et avec attention. Raison de plus pour éviter de révéler les secrets en page dix…

Présenter un dossier sans dessinateur
Autant le dire tout de suite, un scénario seul a beaucoup, beaucoup moins de chances d’aboutir à un contrat. Un accord de principe, un accueil positif, des retours argumentés et une discussion sur les tenants et les aboutissants de l’histoire, bref : un « oui » plus ou moins informel dans l’attente d’un dessinateur pour « reparler concrètement du projet », mais rarement une signature. Avec ou sans dessinateur, la présentation d’un scénario doit donner envie d’une collaboration, sur cette histoire précise ou sur une autre à venir, et permettre d’établir le contact avec un éditeur : une personne physique, quelqu’un de bien réel qui va lire, rebondir et faire des propositions. En cas d’accueil positif, l’aval de principe d’un éditeur peut être un argument de taille dans la recherche un dessinateur, rassuré par ce premier contact et la perspective de ne pas s’impliquer « sans filet », et peut-être motivé par la réputation de l’éditeur concerné, la collection probable et les conditions financières potentiellement discutées avec l’éditeur. Donc même si elle n’aboutit pas à une signature, cette présentation peut constituer un premier pas concret. Dans le cas d’une présentation de scénario seul, il peut être intéressant de montrer quelques pages découpées / dialoguées pour donner un aperçu de sa technique de travail et permettre à l’éditeur de faire une première « lecture de planche » même en l’absence de planches finalisées. Un pitch, un synopsis, quelques précisions, deux ou trois planches découpées / dialoguées et dans l’idéal, un séquencier du déroulement de l’histoire sur le premier tome : un « tableau de bord » déroulant l’intrigue scène par scène (ou page par page) et donnant une bonne vue d’ensemble du contenu du tome, du rythme et des scènes fortes.

Présenter un projet avec dessinateur
Dans la majorité des cas, les projets sont présentés par une équipe complète et prête à embrayer en cas de signature. L’attention de l’éditeur se porte alors sur les deux aspects du projet, le scénario d’un côté, le dessin de l’autre, et naturellement le résultat des deux : les premières planches. Pour qu’un projet soit « prêt à signer », il faut nécessairement présenter quelques planches abouties et représentatives du résultat final. En l’absence de planches, même s’il est séduit par l’histoire et le talent du dessinateur (via des illustrations, des recherches ou des travaux édités par ailleurs), l’éditeur demander logiquement de voir ce que la collaboration des deux va donner sur une planche, car c’est bien pour des planches qu’il va signer, et non seulement un « potentiel » de planches. Inutile de présenter dix pages encrées et dialoguées, une poignée de planches suffisent à donner une bonne idée du rendu du projet : une ou deux au minimum, entre trois et cinq dans l’idéal, assorties selon l’envie par des recherches, des crayonnés ou des storyboards de quelques pages à suivre. Il est également possible de présenter un WIP sur quelques planches afin de montrer les étapes de travail : une ou deux planches finalisés (encrées / bullées), une ou deux planches crayonnées et une ou deux planches storyboardées par exemple. Cette approche aura l’avantage de permettre à l’éditeur de rebondir sur des choix de technique, des problèmes au moment de l’encrage, des erreurs susceptibles d’être corrigées au moment du découpage, etc. Si vous avez des recherches, des croquis préparatoires et autres études de design, même abandonnées pour le projet final, n’hésitez pas à les montrer lors du premier rendez-vous ou à en faire une sélection lors de l’envoi du dossier. Tout ce travail enrichit la découverte de votre univers et donne à l’éditeur une bonne idée de votre travail, de votre production et de vos influences.

Quelques conseils :

Prenez votre temps. Votre vie ne dépend pas de l’acceptation ou de refus de votre dossier, mais l’acceptation ou le refus de ce dossier dépendent de l’attention que vous lui aurez consacrée, du soin que vous aurez apporté à sa réalisation et somme tout, du temps que vous aurez passé à y réfléchir, y travailler, vous en détacher pour prendre du recul et y revenir pour le finaliser, sûrs de n’avoir rien oublié ni bâclé. Dites-vous qu’on n’a pas deux fois l’occasion de faire une bonne première impression, et que même si un projet refusé ne signe (heureusement) pas l’arrêt d’une carrière en devenir, un projet mal ficelé, trop « jeune » ou insuffisamment abouti peut laisser une trace et créer un a priori négatif lors de l’envoi d’un second projet.

Posez-vous les bonnes questions. En quoi ce projet est-il intéressant, original, différent ? En quoi est-il particulier, percutant, novateur ou à défaut, suffisamment agréable à lire pour être acheté par un lecteur ? Est-il au niveau, tant graphique que scénaristique, de la plupart des productions actuelles ? L’achèteriez-vous si vous le trouviez dans le commerce ? Si oui : pour quelles raisons ? Si non : pour quelles raisons ? S’il s’agit d’un projet de SF, d’héroic-fantasy, de polar, qu’apporte-t-il de plus, de mieux, de neuf à un genre déjà bien balisé et dans des catalogues déjà (excessivement) bien remplis ? En bref : en quoi votre projet mérite-t-il d’être édité ? Si vous pensez, comme on l’entend trop souvent, que « lorsqu’on voit les daubes qui sortent dans le commerce, les éditeurs ne pourront pas refuser un projet comme celui-là », vous faites malheureusement fausse route. Se comparer au pire n’est pas un gage de qualité. Tout comme se comparer au meilleur n’est pas non plus un gage de médiocrité. Et au final, être édité n’est pas un dû, ni une récompense.

Relisez-vous. Vous êtes sur le point d’envoyer un mail, une lettre et un dossier à quelqu’un dont le métier est de lire, de relire et de chercher à corriger les moindres erreurs d’un texte ou d’une planche. Combien de fois avez-vous relu ce que vous venez d’écrire ? C’est valable pour le texte, et c’est aussi valable pour le dessin. Pensez-vous réellement que trois croquis sur une feuille blanche, une planche mal scannée, un crayonné mal nettoyé ou des bulles au lettrage illisible feront un bon effet ?

Evitez les poncifs. Que ce soit dans l’histoire, les personnages, l’univers ou la présentation même du dossier, dites-vous que les éditeurs reçoivent potentiellement des dizaines de dossiers semblables au votre chaque mois, et qu’ils lisent donc potentiellement des dizaines de fois la même chose. Ce qui vous choque dans le scénario archi revu et prévisible d’un film ou d’une série télé vaut également pour la bande dessinée, et à plus forte raison pour celle que vous présentez. Si vous utilisez un cliché, assumez-le et jouez-en, mais n’espérez pas qu’il passera subitement pour quelque chose d’original parce que c’est vous qui l’employez. Dans le même esprit, évitez de présenter votre projet à grands renforts de « dans cette grande intrigue policière pleine de suspense, de rebondissements et de courses-poursuites spectaculaires, univers original, personnages hauts en couleurs, scénario machiavélique et scènes d’anthologie blabla… ». Vous connaissez beaucoup d’éditeurs qui signeraient pour une intrigue bancale, des personnages moisis, un univers sans intérêt et des courses-poursuites en trottinette ? Quand vous présentez un projet, ne dites pas qu’il est bien : montrez-le.

N’envoyez pas d’originaux. Même si certains éditeurs consciencieux prendront sur eux de vous retourner du matériel ou des planches originales, n’envoyez JAMAIS d’originaux par la Poste, et ce même si un éditeur (peu consciencieux dans ce cas précis) vous le demande expressément. Les planches originales sont et restent la propriété de l’auteur, d’où la présence dans les contrats d’une clause concernant l’envoi et la restitution du matériel original, qui ne font dans la quasi-totalité des cas que « passer » par l’éditeur pour y être scannées avant d’être retournées à l’auteur. Pour présenter un dossier, envoyez soit des photocopies par la Poste, soit des jpegs par Internet, d’assez bonne qualité dans les deux cas pour que l’éditeur puisse juger de votre travail, et pas uniquement de votre capacité à (mal) scanner ou photocopier des pages que vous allez devoir lui fournir chaque mois.

Choisissez le(s) bon(s) éditeur(s). Vaut-il mieux présenter un projet chez un ou plusieurs éditeurs ? En même temps, successivement ? Là encore, chacun sa méthode. Présenter chez un seul éditeur a le mérite de forcer à réfléchir à son choix et de minimiser les risques de hors sujet : en présentant une série policière chez un éditeur jeunesse, pas la peine d’être surpris ou révolté en cas de retour négatif. Intéressez-vous un peu à l’éditeur chez qui vous « verriez bien » votre projet et dont vous aimez le travail, l’image, les collections, en prenant soin d’éviter les clichés et les mauvaises raisons. Présenter chez Machin parce que c’est là que Truc (le génial et célèbre Truc) a sorti tous ses albums mythiques, c’est peut-être un gage du sérieux et de la qualité des productions de Machin, mais quel rapport entre votre projet et les séries (mythiques) de Truc ? A l’inverse, éliminer un éditeur de la liste sous prétexte qu’il a sorti « telle ou telle daube » ou que Truc raconte ses mésaventures avec lui sur son blog, c’est la meilleure façon de se fermer la porte d’un éditeur qui a peut-être changé durant ces dix dernières années – quand il n’est pas tout simplement à mille lieues de l’image que vous en avez. Ciblez donc votre recherche en mettant en parallèle le thème et « l’esprit » de votre projet, avec les collections et « l’esprit » des éditeurs qui vous paraissent intéressants. Une bonne rencontre lors d’un festival, des avis positifs d’auteurs signés, une sympathie ou du respect pour le travail / l’image d’un éditeur, peuvent être d’excellentes raisons pour une présentation. Ensuite, c’est le sérieux et la qualité de la relation (humaine et de travail) qui feront la différence.

Qui contacter ? Contrairement à la croyance populaire, les coordonnées des « bonnes personnes » figurent généralement sur les sites officiels des éditeurs, nom, prénom, adresse email et parfois même numéro de téléphone inclus. Tout simplement. Il n’est donc pas indispensable d’avoir « quelqu’un dans la place » ni de se préparer à « passer le barrage de la secrétaire méchante ». Joies de la technologie, Internet permet à tout le monde de prendre facilement contact par mail et d’envoyer un dossier. Attention, certains éditeurs demandent à ne recevoir que des dossiers papiers, mais joies de la technologie encore, c’est généralement précisé sur leur site Internet, juste à coté de leur adresse postale.

Soyez patients. Harceler de mails ou de coups de téléphone un éditeur qui ne vous pas encore répondu, alors que ça fait déjà TROIS JOURS que vous lui avez envoyé votre dossier (inadmissible hein ?), c’est la meilleure façon de briser un contact avant même de l’avoir établi. Même si certains répondent très rapidement, comptez que la plupart mettront entre deux semaines et trois mois avant de revenir vers vous. Pas pour vous faire languir, mais parce qu’ils ont du travail. Un premier mail peut d’ailleurs parfaitement suffire : quelques lignes de présentation du thème et du projet, une petite sélection de visuels en pièces jointes, et vous saurez si l’éditeur souhaite en voir et en lire davantage.


Bon, encore une fois, ce post-it n’est qu’une compilation des expériences de nombreux auteurs et éditeurs, mis en forme à la façon d’un gros article un peu « définitif », mais qui n’a pas pour ambition d’être exhaustif ou de faire office de « table de la loi ». Par contre, rien ne remplace le vécu, et toutes les précisions, anecdotes, expériences personnelles et modèles de dossier (envoyés, refusés, acceptés) sont donc les bienvenus pour faire évoluer cette base et aider les « jeunes auteurs » dans leur premières démarches. Allez, bon courage !

©Julien Blondel

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